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Certificat de baptême

Messe en mémoire du pape François : homélie de Mgr Feillet

Le 24 avril 2025, en la cathédrale de Sées

François était le 266° évêque de Rome.

Comme vous le savez sans doute, je lui dois d’être le 85° évêque de Séez tout en étant le premier évêque français nommé par le Pape François.

Avant d’être élu 266° successeur de Pierre, François avait reçu l’ordination épiscopale en 1992 à 56 ans. A genoux lors de la consécration épiscopale, deux diacres tenaient au-dessus de sa tête un évangéliaire ouvert pour manifester à la fois sa soumission au témoignage des apôtres mais aussi sa responsabilité de transmettre à son tour ce qu’il avait lui-même reçu.

Le témoignage que nous recevons aujourd’hui concerne le premier jour de la résurrection. Cette expérience inattendue, avait été annoncée à trois reprises par Jésus lui-même et de bien d’autres manières, à savoir que le Fils de l’homme, le Messie connaitrait et la mort et la résurrection. Les apôtres nous racontent qu’ils l’ont vu vivant avec les traces des clous dans ses mains. Autrement dit, tel que la mort l’avait trouvé et non pas avec un corps idéal. Ils ont pu le toucher, manger et boire avec lui. Les pharisiens croyaient en la résurrection mais sans doute pas de manière aussi immédiate et encore moins d’une façon aussi charnelle.

Et nous pouvons croire le témoignage des apôtres car à ce que l’on sait de leur vie, ils ne se sont pas enrichis, ils ne sont pas battus pour prendre la place de Pierre, ils n’ont pas cherché à obtenir des avantages de reconnaissance sociale. Plus encore, ils ont préféré mourir martyrs plutôt que de changer de version. Eh bien ! Voyez-vous, chers amis, on ne meurt pas pour un mensonge qui ne vous a rien rapporté.

C’est pourquoi, je crois fermement à ce que nous dit l’Ecriture et je le crois en communion avec tous les évêques du monde entier et avec le premier parmi nous, le successeur de Pierre. Pierre pour qui Jésus a spécialement prié de son vivant pour que sa foi ne défaille pas.
François a d’abord surpris par un ton familier, pastoral, accessible à tous qui reflétait sa longue pratique pastorale dans le diocèse de Buenos-Aires auprès des gens pauvres qu’il fréquentait très régulièrement. Mais il ne faut pas croire que pastoral veut dire sans doctrine. Lui-même avait fait une thèse en théologie sur les écrits d’un auteur qu’il a souvent cité : Romano Guardini. En fait, nombre de ses encycliques ou exhortations apostoliques ont pu donner l’impression d’approximations. Or, une lecture attentive montre qu’elles sont parsemées, tels des cailloux blancs, par des repères dogmatiques des plus sérieux.

Pour évoquer l’un ou l’autre de ses écrits, je constate tout d’abord que beaucoup de titres parlent de la joie : Laudato si’, La joie de l’Evangile, La joie de l’amour, Soyez dans la joie et l’allégresse. C’est le Pape de la joie. « Ne nous laissons pas voler notre joie » a-t-il écrit à plusieurs reprises.

Dans Laudato si’, l’encyclique sur une écologie intégrale, il a nous rappelé deux choses fondamentales : la clameur des pauvres et la clameur de la terre ne sont qu’une seule et même chose. On ne peut séparer voire diviser le sort des créatures et les opposer les unes aux autres. Ce qui conduit à l’autre aspect de sa vision : « tout est lié ». Non seulement entre les créatures mais aussi avec Celui que l’on a tendance à oublier : le Créateur. Dans ce texte mondialement connu, il a fait le lien entre toutes les créatures, celles qui relèvent de la biodiversité mais aussi les enfants à naître, nos grands aînés, et les migrants bien sûr.

Parmi toutes les phrases qu’il a produites il y a cet adage que je retiens tout particulièrement : « Le temps est supérieur à l’espace ». C’est-à-dire qu’il est plus important de cheminer ensemble que de mettre les gens dans des cases. Ce compagnonnage ne peut se faire que sous l’auspice d’une humilité mutuelle, celle qui ne cherche pas à savoir qui est « le meilleur » ou « le plus grand ». On trouve déjà ce réflexe chez les apôtres dans les évangiles. Cet adage vient bousculer la pratique de trier les gens, quel que soit du côté où l’on se trouve. C’est beaucoup plus exigeant de se dire que nous allons humblement essayer de marcher ensemble à la suite du Christ. Accueillir, accompagner, intégrer les personnes supposées à la marge fut l’une de ses priorités.

J’ai entendu nombre de débats sur les plateaux de télévisions qui cherchaient à mettre le Pape François dans une case, chose qu’il ne supportait pas pour les autres et il serait injuste qu’on l’oblige à se mettre dans une case plutôt qu’une autre : progressiste ou conservateur. En fait, François se voulait au cœur de l’Evangile, un Evangile pour la vie et rien d’autre.

On a dit de lui qu’il n’était pas libre de dire autre chose parce que comme Pape, il n’avait pas le choix. Il était probablement bien plus libre que bon nombre d’entre nous. En fait, sa liberté résidait justement dans l’accueil de la Parole de Dieu qui est adressée à tous et tout particulièrement aux périphéries du monde et des réalités sociales de notre temps. Certes, il a tenu la position du prophète qui écoute la Parole et qui nous tourne vers l’avenir désirable, mais il était aussi le sage qui écoutait la tradition de l’Eglise et un politique au sens où il ne se lavait pas les mains des questions qu’il soulevait. Ainsi n’a-t-il pas ramené de Lesbos des familles de migrants ? Ne visitait-il pas les prisonniers de Rome ? N’était-il pas proche des pauvres qu’il visitait déjà à Buenos-Aires ? Enraciné dans l’Ecriture qu’il avait reçue, tourné vers l’avenir pour nous aider à en vivre chaque jour, il n’a pas hésité à montrer l’exemple à la mesure de son temps et de ses moyens.

Pour nous les Normands, je retiens encore son exhortation apostolique « C’est la confiance » à propos du 150° anniversaire de la naissance de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face. A l’approche de cette date, Mgr Habert et moi-même lui avions écrit pour demander une lettre apostolique sur cette sainte qu’il aimait tant. Ses reliques et celles de ses saints parents étaient présentes sur le podium lors de l’audience pontificale du 7 juin 2023 et après un temps personnel de dévotion, il nous a annoncé non pas une lettre mais une exhortation apostolique ! Il y a beaucoup à retenir mais pour notre temps missionnaire je retiens en particulier sa vision de la mission qui devrait se réaliser plus par attraction que par prosélytisme. Et quoi de plus attractif que le visage d’une vie fraternelle dont il a montré l’exemple.

A-Dieu et merci Pape François.

 

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