Messe chrismale : homélie de Mgr Feillet
Frères et sœurs,
La Parole de Dieu s’est effectivement accomplie et nous en sommes les témoins par notre seule existence. Ensemble, nous croyons que Jésus est bien le Messie tant attendu, celui qui a été consacré par l’onction, qui l’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, aux opprimés qu’ils seront libérés, qu’une année favorable a été accordée par le Seigneur. (Lc 4, 16-21)
Cette description qui révèle la venue du Messie résonne tout particulièrement dans nos cœurs en cette année jubilaire où il nous faut entrer plus avant dans l’Espérance. Nous trouvons dans cette liste les deux pointes de la mission du Christ : Annoncer le Règne de Dieu et guérir les malades. Et de fait, c’est bien cela qu’il fera lui-même et c’est bien cela qu’il demandera à ses disciples de faire eux-mêmes lorsqu’il les enverra en stage missionnaire d’évangélisation.
L’accueil fraternel que Jésus a accordé à tous ceux qui s’approchaient de Lui doit attirer notre attention. Surtout en ces temps où Dieu nous envoie de nombreux catéchumènes alors que nous ne le méritons pas. Ces dernières années nous ont rappelé combien nous étions des pécheurs et qu’au sein de notre Eglise du mal a été commis. Nous nous sommes humiliés devant Dieu et les hommes avec des cœurs brisés.
Pourtant, de plus en plus nombreux de jeunes et d’adultes s’approchent de l’Eglise pour demander le baptême, pour faire partie de cette famille et de ce peuple. C’est pour moi comme une énigme et la manifestation d’une grâce que nous ne pouvons pas nous attribuer. Cependant, il nous revient d’accueillir le plus fraternellement possible toutes ces demandes.
J’insiste sur la qualité fraternelle de notre accueil. Ce ne sera possible que si nous vivons cette fraternité entre nous. Des cinq essentiels, c’est le fruit le plus attendu. « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres qu’ils reconnaîtront que vous êtes mes disciples » (Jn 13, 35) disait Jésus à ses apôtres après leur avoir lavé les pieds. La fraternité entre nous est ce qui nous rend crédible aux yeux du monde.
L’Evangile de Jean que nous relisons chaque année au temps de la passion nous apprend que la fraternité est la conclusion d’un cheminement spirituel très profond.
En effet, alors qu’il est le maître et le Seigneur, Jésus, pendant le repas se présente comme le serviteur en lavant les pieds de ses disciples et il leur demande d’en faire autant.
Deux chapitres plus loin, il fait évoluer la relation qu’il entretient avec ses disciples en les faisant passer de serviteurs à amis parce qu’il leur a révélé tout ce qu’il a entendu de son Père (Jn 15, 15). Il ne s’agit pas tant d’abolir et d’oublier la qualité de serviteur que d’ajouter celle de l’ami en raison de l’intimité particulière que Jésus entretien avec son Père et dans laquelle il a tenu à nous introduire.
Enfin, après sa mort et sa résurrection, pour la première fois, Jésus utilise le mot de frères pour ses disciples en s’adressant à Marie-Madeleine : « Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. » (Jn 20, 17). Ceux qu’il a invité à vivre comme des serviteurs les uns des autres, ceux qu’il a constitué ses amis par la qualité des révélations qu’il leur a partagées, alors pourtant qu’ils l’ont trahi et abandonné, Jésus, ayant traversé sa passion et offert sa mort pour eux comme pour nous, tout juste ressuscité par son Père, fait encore évoluer sa relation envers ses apôtres en les appelant des frères.
La fraternité, telle que nous le révèle le Christ, ne peut se comprendre sans l’expérience de la Croix. Si l’amitié relève de la philia, la fraternité trouve sa source dans l’agapè. Jésus appellera Pierre à cet agapè : « Pierre m’aimes-tu ? » (Jn 21, 15-16).
Frères et sœurs, il importe que celles et ceux que Dieu nous envoie pour recevoir le baptême et la confirmation trouve en nous une expression réelle de cet agapè. Que nos Equipes d’Animation Pastorale, que l’évêque, les prêtres et les diacres entre eux puissent vivre de cette fraternité capable de traverser toutes les difficultés.
N’oublions pas que le premier visage de l’Eglise que voit celles et ceux que Dieu nous envoie est le visage de la fraternité. Une fraternité entre nous promesse d’une fraternité pour eux. Petit-à-petit, ils intègreront les autres essentiels : la formation qui leur donnera les mots de la foi ; la prière qui les enracinera en Dieu, l’écoute de la Parole de Dieu qui les mettra en route dans la mission et le service qui achèvera de les qualifier dans la vie chrétienne. Mais tout commence par la fraternité qui nous crédibilise.
Avec les évêques de France, nous nous sommes réjouis, humblement réjouis, de toutes ces demandes auxquelles il nous faut faire face aujourd’hui. C’est là un des défis majeurs de notre temps. Non seulement il faut conduire au baptême toutes ces personnes, mais il nous faut accompagner ces nouveaux chrétiens, les néophytes, dans les temps qui suivent. C’est là une véritable priorité pour les temps qui viennent. De même que dans une famille les nouveaux venus demandent du temps et un soin particulier, de même il nous faut prendre sérieusement du temps pour les nouveaux nés à la vie de Dieu.
Cher frères prêtres et diacres, préparons-nous à redire Oui aux engagements que nous avons pris le jour de notre ordination dans un esprit de fraternité, d’amitié et de service. Nous les ferons à des moments différents pour valoriser chacun des ministères.
Chers frères et sœurs, vous tous qui avaient reçu l’onction du baptême et de la confirmation, accompagnez-nous de vos prières et portons ensemble tous ceux qui dans ce temps pascal recevront le saint-chrême pour leur baptême et leur confirmation, tous les catéchumènes qui commencent tout juste leur cheminement, de sorte qu’ils poursuivent jusqu’à leur nouvelle naissance ; tous les malades afin qu’ils s’en trouvent bien et se sachent entourés de notre sollicitude.
Amen.