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Certificat de baptême

Messe d’action de grâce pour les sœurs de la Providence

Homélie de Mgr Bruno Feillet, le 12 avril 2025

Mes Sœurs,

Voilà près de 322 ans que la Congrégation de la Providence de Séez fut fondée par le Curé de GOULET, le Père Julien Lefebvre. Cette commune se situait entre Ecouché-les -Vallées et Argentan, avant sa fusion avec d’autres communes dont le nouveau nom est Monts sur Orne.

Rapidement, la Congrégation s’est installée à Séez et y est demeurée en tant que maison Mère jusque 2015, date où elle fusionna avec la Providence de Ruillé-sur-Loir. C’est dans cette configuration que j’ai fait votre connaissance.

Comme beaucoup de congrégations de cette époque et encore jusqu’au début du XX° siècle, votre charisme portait sur l’éducation des jeunes filles et le soin des malades. Vous aviez pour vocation, mes sœurs, et comme le dirait sans doute le Pape François aujourd’hui, d’aller aux périphéries de votre temps. Des centaines de jeunes femmes vous ont rejoint, des milliers de jeunes filles ont pu bénéficier d’une éducation, de nombreux malades ont pu être soignés et accompagnés. Les unes et les autres vous ont certainement remerciées tout au long de ces trois siècles pour votre dévouement et votre fidélité à votre charisme. Je m’associe volontiers à leur gratitude.

Comme le suggère la première lecture, vous avez « tenu fermement jusqu’au bout ». Et je veux vous remercier Sœur Annette, vous qui avez pris racine dans la vie religieuse chez les sœurs de la Providence Ruillé sur Loir et où vous avez exercé longtemps une mission éducative avant d’en assurer l’économat général. Vous êtes venue à Sées pour accompagner vos sœurs dans le grand âge et parfois dans la maladie. Plus encore, vous avez choisi de rester ici. Ce « jusqu’au bout » de la première lettre aux corinthiens trouve dans votre visage une expression concrète qui manifeste combien la fusion des deux congrégations fut accompagnée d’un sens élevé de la fraternité et de la responsabilité.

Bien commencer une congrégation est une chose ; traverser les aléas des siècles, et Dieu qu’il y en eut jusqu’à la fermeture de l’ensemble des congrégations religieuses à la fin du XIX° siècle, c’est autre chose ; mais bien finir, c’est tout aussi remarquable. Merci sœur Josette, à vous et à votre conseil, pour ce temps de fermeture bien préparé qui se fait avec des regrets bien sûr dans la paix et sans amertume.

Je reviens sur les périphéries d’hier et celles d’aujourd’hui. Beaucoup de congrégations se sont fondées pour soutenir l’éducation et le soin des malades. Aujourd’hui, et depuis longtemps déjà, l’Etat a pris le relais. Cette évidence associée à la diminution de la foi aussi, font qu’il est plus difficile pour des charismes comme les vôtres de trouver des vocations. Si des congrégations se fondaient aujourd’hui avec la même intuition d’aller aux périphéries de notre temps, elles devraient se poser la question des maladies qui ne sont pas prises en charge par notre société et des lacunes majeures dans l’éducation de nos jeunes.

A ma modeste place, je perçois qu’il va y avoir un besoin croissant d’accompagnement des catéchumènes et des néophytes. Il s’agit d’éduquer et de soutenir la foi des nouveaux chrétiens. Mais il s’agira aussi d’aider aussi tant et tant de personnes blessées dans leur vie affective, et pour des raisons bien diverses. Peut-être avez-vous discerné d’autres périphéries tout aussi importantes. Je ne doute pas une seconde qu’elles sont nombreuses.

L’évangile que vous avez retenu concerne le retour des disciples qui ont été envoyé en stage d’évangélisation par le Christ. Et vous connaissez les critères d’envoi et la mission elle-même : Être envoyé par le Christ, en équipe, en comptant moins sur les moyens que sur la Parole de prédication qui leur est confiée. C’est-à-dire annoncer le règne de Dieu et guérir les malades. Vous pressentez combien le charisme de votre congrégation est au cœur l’Evangile.

Et nos disciples reviennent dans la joie. Ils ont expérimenté que « les démons leur étaient soumis ». C’est la joie du succès pastoral. Et il est bon de pouvoir la goûter. Pourtant elle n’est pas essentielle. En effet, ainsi que je l’évoquais, il y a des aléas – politiques par exemple – qui peuvent faire échouer les meilleurs projets. En revanche, il est une joie qui ne dépend pas des succès pastoraux mais bien de la miséricorde de Dieu qui a « inscrits nos noms dans les cieux ». Cette joie-là, personne ne pourra jamais vous l’enlever. Elle est le fruit d’une espérance qui ne déçoit pas.

Jésus insiste sur la joie et le bonheur dont bénéficient les disciples. Ils voient ce que tant de rois et prophètes ont voulu voir. C’est-à-dire le Messie qui est venu parmi eux ; le Messie qui les a choisis comme disciples et comme apôtres. Ils ont vu et entendu l’envoyé du Père ; ils ont mangé et bu avec lui. Ils ne le savent pas encore mais s’ils vont être complètement dérouté par la passion du bon maître, ils seront infiniment consolés et consolidés par sa résurrection. Ils deviendront les colonnes de l’Eglise et nous sommes leurs héritiers.

Merci mes sœurs, d’avoir fait fructifier pendant ces trois siècles l’héritage reçu. Je suis sûr qu’il n’est pas perdu. Il nous faut, comme des tout-petits, le recevoir humblement, encore et encore du Père car c’est ainsi qu’il conduit L’Eglise de son Fils.