Jubilé des personnes détenues au Centre de Détention d’Argentan
Ce 14 décembre, comme chaque dimanche, une trentaine de détenus se retrouvent pour l’Eucharistie. Elle prendra une tonalité autre avec le jubilé des personnes en détention. « Quelle intensité de célébration » pourra dire d’ailleurs un membre de l’Aumônerie. A noter, que ces célébrations jubilaires dans les prisons ont été précédées d’un plaidoyer des évêques de France, dans la situation de surpopulation carcérale en France, que je vous invite à lire.
Une célébration fruit d’un cheminement
Chaque vendredi depuis plus d’un mois, des détenus s’étaient retrouvés pour se préparer à la célébration jubilaire. Le livret réalisé par l’Aumônerie nationale (récits de la Parole de Dieu, dessins réalisés par un détenu, méditations, questions…) a permis de goûter le travail silencieux de Dieu dans la vie de détenus.
« La foi m’aide à tenir en prison. Aujourd’hui, je vois les choses différemment » pourra dire l’un d’eux. Et un autre d’ajouter : « Il y a quelque chose qui me donne la force, qui n’est pas de moi. C’est l’Esprit Saint que je ne connais pas ».
Dans ce cheminement, la messe du dimanche est fondamentale : « La prière m’aide à me pacifier ; elle est un soutien ». Car chacun sait combien jours et nuits peuvent être rudes ; que les tensions sont là…
Des détenus prennent la parole au cours de la célébration :
Pierre* :
« … Il m’a fallu dix ans d’incarcération pour comprendre que Tu es mon seul et véritable ami. J’ai commis … des actes graves. J’ai trahi… . Tu m’as donné la force et la détermination de surmonter chaque épreuve. Rien n’a été facile mais avec Toi dans mon cœur, j’ai pu tenir bon ».
Et s’adressant aux détenus présents, il poursuit : « Laissez Dieu choisir avec qui vous devez marcher. Cherchez l’amitié de Dieu et vous ne serez jamais déçus. Et surtout, chérissiez l’amour inconditionnel de nos enfants car c’est un don précieux ».
Jean, commentant un des dessins du livret :
« C’est un peu chacun de nous ! Il demande au Seigneur la vie nouvelle qu’il nous promet. Son ancrage est dans la prière.
Le temps qui passe en prison est une épreuve difficile. Chaque jour, chaque nuit, Jésus est à nos côtés ».
« Poème carcéral » (Jacques) :
« Je ne me savais pas à quoi m’attendre.
Cela a été une dure décision ;
Le genre qui donne envie de se pendre.
Puis, je me suis remis en question.
Il est venu le temps d’apprendre.
Je prends mon courage à deux mains.
La prison n’est pas pour les faibles.
Je prépare le meilleur pour demain
Et prends mon envol comme un aigle ;
Du travail et des activités pour me sentir bien.
Je mets en place mes propres règles.
Ici sont passées des années de ma vie.
J’ai vu défiler les gens comme des bagages.
Des bons, des mauvais, des ennemis, des amis.
De la joie, des pleurs, des sourires, de la rage.
Aujourd’hui, je pense à ma sortie.
Et mon nom est : « courage ».
En conclusion :
« Nos aumôniers en détention sont témoins que derrière les murs d’une prison, l’amour du Christ relève, réconcilie et ouvre à l’espérance. La foi en un Dieu crucifié entre deux condamnés de droit commun pour nous libérer du cercle infernal de notre violence, ne peut s’accommoder du renoncement à croire en ce que chacun porte en lui de meilleur … », écrivent les évêques de France. Nous en sommes témoins dans nos visites chaque semaine dans les cellules, dans les temps de partage de la Parole de Dieu et dans l’eucharistie dominicale.
Père Philippe Pottier,
membre de l’équipe d’aumônerie du Centre de Détention d’Argentan
*Les prénoms ont été changés