L’église de St Pierre du regard détruite lors des bombardements

En cette période anniversaire de la libération de la normandie, relisons ce texte de l’Abbé Lelannier, curé de St Pierre du Regard dans cette époque difficile....

ST PIERRE DU REGARD pendant la guerre

le 17 JUIN 1940, à 5 heures du matin, les Allemands font leur entrée à St Pierre mais ne restent pas. l’occupation intermittente de la commune nous a gênée, mais n’ont pas empéché les manifestations de notre vie religieuse.
le 6 JUIN 1944 à 13 heures des avions survolent St Pierre et mitraillent un camion allemand stationné sur la place.
6 JUIN 1944 à 20 heures, premier bombardement sur Condé et la Rocque. Gros dégats et nombreuses victimes.
La population s’enfuit à la campagne. J’enlève la Ste Réserve du Tabernacle et la transporte dans le salon du prebytère ou nous veillons une partie de la nuit, quelques personnes demeurées dans le bourg viennent nous rejoindre. De 11 heures à minuit des vagues d’avions survolent la ville jetant leurs engins de mort. Les bombes tombent autour de nous et à chaque instant nous craignons la mort. De minuit à 1 heure, acccalmie.
Nous jugeons trop dangereuse notre situation à l’intérieur de la maison et nous réfugions dans un coin du jardin. Vers une heure le bombardement redouble, les incendies s’allument C’est une vision d’enfer. On entend parmi le fracas des bombes, le bruit sinistre des maisons qui d’écroulent, les crépitements des flammes, les cris des gens apeurés et des sauveteurs. Jusqu’à présent le bourg de St Pierre est intact. Vers 5 heures le calme est revenu, je puis aller à l’Eglise célébrer la Ste messe. L’Abbé Lecoiffier, en vacances à Pont Erembourg me succède, et nous allons au Grand Samoi nous rendre compte des dégats. La moitié des maisons sont détruites, six morts, dont l’un a pu recevoir in extrémis le pardon suprême, trois autres gisent sous les décombres de leur demeure.
Une visite à la Rocque permet de juger les dégats importants causés par le bombardement de la nuit.
Devant le danger toujours menaçant, tout le monde a fui dans les villages. Vers 2 heures, je rejoins le gros de la population de St Pierre réfugié au village de Guéfosse et du Haut Theil ; Il y à là environ 800 personnes, dont quelques condéens.Il faut organiser un service reilgieux pour tout ce monde. De même pour d’autres,.en aussi grand nombre.,réfugiés aux environs du Grand Samoi et de Pont Erembourg. En accord avec l’abbé Lecoiffier, je divise la paroisse en deux secteurs, il s’occupera de la région de Pont Erembourg, je garde le soin de l’autre secteur. Dans chaque secteur deux lieux de culte sont organisés, det la messe sera célébrée chaque jour et le chapelet récité chaque soir. Il y a chez tous un sursaut de piété, les communions sont nombreuses et les prières ferventes, et malgré les bombardements (27 en 2 mois), nous parcourons tous les villages pour porter à tous nos encouragements. Entre temps nous apprenons le décés de nos victimes. Quelques unes sont inhumées provisoirement sur place ; d’autres seront transportées au cimetière au cours d’une brève cérémonie. Nous restons ainsi jusqu’au 9 Aôut apprenant et constatant chaque jour de nouveaux dégats. Dès le 7 Juin après midi le bourg de St Pierre avait été durement atteint, dans les jours suivant ce fut le tour de ce qui restait de la Rocque et des maisons avoisinant la ligne de chemin de fer.

Le 9 Août nous recevons l’ordre d’évacuer et de force nous devons nous en aller. Je célèbre une dernière messe à Guéfosse, au matin même de la fête St Laurent, à deux pas de l’emplacement de l’ancienne église St Laurent de Bois qui fut le berceau de notre paroisse. L’après midi je gagne Athis où je resterai pendant huit jours. D’autres émigrent vers la Carneille, les Tourailles, N. D. du Rocher, Bellou, etc. Le 11 Août au matin les Allemands minent le clocher de l’Eglise et le font sauter ; la chute entraÏne la ruine complète de notre chère Eglise. Triste spectacle lorque le 17 Août nous rentrons au bercail. toutes nos maisons sont meurtries, pilliées, mais ce n’est rien en comparaison de la perte qu’est pour nous les ruines de notre chère Eglise. Au patronage les murs sont criblés de trous, la voûte est tombée, les portes et les fenêtres sont défoncées. J’installe une chapelle. dans une salle du presbytère à peu près intacte et le St Sacrement y sera conservé jusqu’au ler Juin 1946. Le dimanche nous utilisons comme lieu de culte une salle d’école mise à notre disposition par la municipalité. Cependant la salle du patronage est déblayée et provisoirement réparée. Nous pouvons en prendre possession dès le 8 Novembre 1944 et y installer l’église provisoire jusqu’en Juin 1946. Quelques jours après notre libération nous avons la joie de recevoir une visite de Monseigneur l’Evêque qui vient prendre part à notre misère et nous apporter ses encouragements et son soutien dans nos épreuves. Nous attendons longtemps l’aide officielle enfin vers le milieu de 1945, on daigne s’occuper de nous. Nous sommes adoptés par la ville de St Mandé,
ler Juin 1946 Après quelques mois d’attente, le service de la reconstruction a construit un baraquement d’Eglise provisoire, mesurant 21 mètres sur 7, assez bien conditionné, mais manquant de hauteur et de toute évidence trop petit. Ce bâtiment étant aménagé avec un mobilier provisoire, est inauguré le ler Juin 1946. La cérémonie de la confirmation y aura lieu le 4 Juin.
Abbé LELANNIER



L’ancienne église de St Pierre du regard, détruite en 1944

Paroisse St Vigor du bocage athisien.