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Homélie de Monseigneur Jacques Habert, évêque de Seez lors de la messe à l’église Saint-Antoine de Padoue (Paris 15e), le lundi 26 février 2018.

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Il y a toujours un risque pour tout prédicateur de l’évangile d’utiliser la parole de Dieu pour faire passer le message qu’il a lui-même envie de communiquer. Finalement d’instrumentaliser la parole de Dieu au service de ses propres idées. La tentation peut être grande aujourd’hui, au terme de notre visite au Salon de l’Agriculture, d’agir ainsi. Car des idées nous en avons concernant le monde agricole, des messages nous désirons en faire passer et nous l’avons fait dans ces jours précédant notre visite. Ne tombons donc pas dans ce piège d’une utilisation immédiate de la parole de Dieu et commençons ce soir humblement à nous mettre à son écoute. Elle pourra alors éclairer nos propres paroles. En ce jour, il s’agit d’une parole propre à ce temps particulier du carême. Le message central est celui du pardon, de la miséricorde.

Dans la première lecture c’est le prophète Daniel qui au nom de son peuple s’adresse à Dieu. Ces paroles son claires : nous avons péché, nous avons commis l’iniquité, nous avons fait le mal, nous avons été rebelles, nous nous sommes détournés de tes commandement. Daniel le reconnait : le peuple n’a pas été fidèle à ce que Dieu attendait de lui. Dans l’ancien testament cette infidélité à Dieu conduit immanquablement à la souffrance et au malheur. Le peuple dans cette situation pourrait être conduit au désespoir, mais au contraire, il s’en remet à la miséricorde de Dieu. Au Seigneur notre Dieu, la miséricorde et le pardon s’écrie le prophète Daniel. Cette miséricorde elle éclate dans l’évangile, avec cet appel à la miséricorde : soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux dit Jésus. Une des dimensions essentielles de la mission de Jésus sera précisément de manifester cette miséricorde du Père.

L’année jubilaire de la miséricorde à laquelle le pape François nous avait invité en 2015 a été en ce sens une grande grâce. Nous nous sommes remis devant la miséricorde de Dieu, en comprenant mieux le sens de ce mot. Qu’est-ce que ma miséricorde : c’est l’attitude celui qui, saisi aux entrailles, se penche sur la misère de celui qui souffre. Elle est à la fois une invitation à la contemplation d’un Dieu qui se penche sur les misères de l’humanité en son Fils. Et une invitation à être entre nous miséricordieux. Voilà comment nous pouvons ce soir écouter la parole de Dieu, parole qu’il nous faut alors appliquer aux situations concrètes que nous rencontrons.

En ce jour où à travers la présence de 25 évêques au Salon de l’Agriculture nous disons la sollicitude de l’Église pour les questions du monde agricole il n’est pas excessif de dire que le monde agricole aujourd’hui a besoin de miséricorde. Certes, il ne serait pas juste de dire que le monde agricole n’est marqué que par des souffrances et des problèmes. Nous sommes en effet émerveillés, et nous l’avons été tout au long de cette journée, par le dynamisme, par le désir d’entreprendre, d’innover et tout cela est source d’espérance. C’est une véritable passion qui anime les agriculteurs. Mais nous savons combien aussi des hommes, des femmes, des jeunes, des familles vivent rudement la situation actuelle. Les causes en sont multiples, les remèdes aussi. Comme chrétien nous n’apportons pas de solutions miracles, mais nous pouvons promouvoir des attitudes fondamentales. Celle de la miséricorde en fait justement partie. Demandons-nous comment nous, communautés chrétiennes, nous sommes attentifs par nos paroles, par notre façon de consommer, par l’intérêt que nous portons à toutes ces questions, aux agriculteurs et à tous les défis qu’ils ont à relever.

Autre attitude à promouvoir et qui est proche de la miséricorde, celle de l’écoute. Le prophète Daniel reprochait au peuple de n’avoir pas écouté la voix du Seigneur. L’écoute est en effet une attitude humaine fondamentale. Nous évêques aujourd’hui nous sommes surtout venus pour écouter, pour comprendre, pour continuer de nous tenir informés des situations très diverses, des problématiques très complexes qui traversent le monde rural aujourd’hui. Invitons les agriculteurs à vivre entre eux cette dimension de l’écoute, de la parole échangée en vérité. Nous demandons aussi que les acteurs de la vie politique soient bien à l’écoute de ceux qui font monter leurs justes revendications quand les injustices sont trop criantes. Nous demandons à nos communautés de vivre cette écoute, de prendre au sérieux les cris de ceux qui souffrent. Les mouvements présents sur le terrain portent ce souci, ainsi que bien d’autres acteurs pastoraux : dans les paroisses, les communautés ; les religieux, les religieuses.

Mais il y a aussi une autre écoute à laquelle nous pouvons inviter. Elle est plus subtile, elle est éminemment chrétienne. Il s’agit, au nom même de notre foi en un Dieu créateur de nous mettre à l’écoute de la terre elle même. La création, que ce soit le monde végétal ou le monde animal, doit être reçu comme un don, un don qui mobilise tout le génie humain, toute son intelligence. Mais c’est un don à respecter, un don à recevoir avec une attitude de serviteur ; au service précisément de l’humanité.

Le pape François dans sa belle encyclique Laudato Si nous encourage sur ce chemin, je le cite : Si nous nous approchons de la nature et de l’environnement sans cette ouverture à l’étonnement et à l’émerveillement, si nous ne parlons plus le langage de la fraternité et de la beauté dans notre relation avec le monde, nos attitudes seront celles du dominateur, du consommateur ou du pur exploiteur de ressources, incapable de fixer des limites à ses intérêts immédiats. Puis se référant à Saint François d’Assise, le pape invite à : un renoncement à transformer la réalité en pur objet d’usage et de domination. Voilà certainement une prière que nous pouvons porter au cœur de la célébration de cette messe. L’enjeu n’est rien moins que d’instaurer de nouveaux rapports dans le monde rural. Des rapports sociaux marqués par l’écoute et le respect, des rapports avec la nature allant dans la même logique. Demandons la grâce d’être des artisans résolus et confiants de cette évolution.

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