Les Ornais sont fiers de leur Cathédrale, un monument qui, situé à Sées, en plein coeur du département, garde cette allure prestigieuse, dominant la plaine de ses deux hautes flèches, visibles à plusieurs lieues à la ronde. Et pourtant, lorsqu’on se penche sur son passé, on reste étonné...
Et pourtant, lorsqu’on se penche sur son passé, on reste étonné qu’une telle perfection soit toujours là, étonnante de grandeur et d’harmonie, alors que se sont acharnés contre elle les invasions, le feu, les guerres civiles et…les restaurations maladroites.
Sur les ruines d’un temple gallo-romain
Il y a toujours eu une cathédrale à Sées depuis l’apparition du christianisme dans la région avec saint
Latuin, au cours du Ve siècle. On a retrouvé en cet endroit les traces d’un temple gallo-romain en pierre
sur les ruines duquel le saint fondateur installa sa première cathédrale, c’est-à-dire le siège épiscopal. Le
sanctuaire devait être très simple, un genre de basilique, peut-être en bois. Quoi qu’il en soit, les invasions normandes le détruisirent complètement aux environs de l’année 878. Une deuxième cathédrale fut construite au cours du Xe siècle par l’évêque Azon. On sait seulement qu’elle était en pierre, mais on en ignore le style, car elle fut involontairement incendiée en 1047 par l’évêque Yves de Bellême. Il voulait enfumer des brigands réfugiés à l’intérieur. Yves de Bellême, contrit après son admonestation par le pape, entreprit sa reconstruction mais l’édifice s’écroula peu après. Yves, avec l’aide de ses cousins normano-siciliens et peut-être aussi de l’empereur de Constantinople, commença alors l’édification d’un solide sanctuaire roman. Cette reconstruction dura soixante dix ans, car la dédicace, selon Orderic Vital, n’eut lieu qu’en 1126. Mais dès 1151, la ville fut incendiée par le roi de France Louis VII et ensuite à demi détruite par le roi Henri II d’Angleterre en 1174. C’est au cours de ces événements que sombra cette précieuse cathédrale romane dont on a retrouvé les fondations lors de diverses restaurations. Elle devait ressembler à ces belles églises romanes de Normandie.
Debout, élancée vers le ciel depuis 700 ans
Au début du XIIIe siècle, la construction de la cathédrale actuelle, la cinquième, fut entreprise par l’évêque
Serlon. Naturellement, ce fut dans le style de l’époque, un gothique primitif qui ira en se modernisant au cours du temps mis à la construire. Il fallut pratiquement un siècle. (Elle ne fut dédicacée qu’en 1310 par l’évêque Philippe Le Boulenger : NDLR). Malheureusement, les fondations, appuyées sur les ruines des différentes constructions antérieures, ne sont pas stables et obligèrent, au cours de sa longue existence, à entreprendre des travaux de consolidation, nécessaires mais pas toujours très heureux en matière d’esthétique. Partiellement consolidée, la cathédrale, dite de style gothique normand, faillit plusieurs fois faire naufrage au cours de la guerre de Cent ans et surtout des guerres de religion qui ravagèrent la Normandie. L’amiral de Coligny dévasta l’édifice en 1563, tandis que Gabriel de Montgomery récidivait cinq ans plus tard. Ce fut la journée noire du 9 septembre 1568 où furent brisées les dix statues des saints qui ornaient le portail. On ne peut parcourir l’histoire de la cathédrale sans rappeler l’action salvatrice de Mgr d’Argentré. Il entreprit de solides travaux avant la Révolution pour consolider et enrichir son siège épiscopal. Mais, le 24 novembre 1793 fut la seconde journée noire que devait subir notre pauvre église. Ceux qu’on appelait alors les Sans culottes attaquèrent au marteau toutes les sculptures du porche et les brisèrent une par une, y compris le magnifique tympan représentant la Dormition de la Vierge et son couronnement au Paradis. Depuis le Concordat de 1801, la cathédrale vogue sur des eaux plus calmes. L’architecte Ruprich-Robert et ses successeurs se sont attachés à une habile restauration et à l’embellissement du monument au cours du XIXe siècle. Beaucoup d’entre nous se souviennent encore de la réhabilitation des flèches dans les années 1970. Récemment d’importants travaux ont modifié son environnement urbain, en particulier le parvis.