puce Mortagne-au-Perche : église Notre Dame

« Notre Dame » de Mortagne au Perche, Quand la pierre se fait Parole – espace pour l’homme et pour Dieu.

Passée la porte, nous nous trouvons comme dans un autre monde. Lumière tamisée, loin des bruits de la ville pourtant à quelques mètres. Les vitraux filtrent les rayons du soleil et les transforment en couleurs douces. Il n’y a pas de fenêtres hautes dans la nef (sauf dans l’abside), ce qui transforme les lignes de l’édifice en ombres délicates. Dieu est là et le reste s’efface. La petite lumière rouge dans l’abside est là pour nous dire la présence de Dieu.

Trois travées… il y a là un symbole qui me dit que les chemins vers Dieu sont pluriels. Dieu lui-même se laisse entrevoir comme Fils, Père ou Esprit. La foi chrétienne est Trinitaire.

La voûte
La nef semble longue, car il y a unité de style. C’est du gothique flamboyant. Les allées latérales ne se voient que peu face à la splendeur de la voûte centrale. De chaque pilier naissent sept arcs d’ogives qui vont se peupler d’abord d’anges musiciens ou de visages humains proclamant la gloire de Dieu. Puis les arcs de pierres deviennent dentelle, jusqu’aux croisées d’ogives ornées de pendentifs très divers. Rien n’était trop beau pour les bâtisseurs du début du 16ème siècle. Il fallait exalter la beauté de Dieu. Nous ne sommes plus dans l’austérité des églises romanes cisterciennes. Ces arts florissants peuvent nous sembler quelque peu maniérés, mais ils nous disent une des façons d’exprimer et de dire un Dieu qui embellit notre terre Avec la Renaissance les hommes ne vivent plus à l’ère de l’austérité. Nous ne sommes pas encore au temps du style « baroque » qui voudra exalter la puissance de Dieu. Chaque style donne son visage de Dieu.

Les vitraux
Il y a quatre vitraux du 16ème siècle dans l’église, plus ou moins bien conservés. Ils nous racontent des scènes évangéliques. C’est le moment d’ouvrir l’Evangile :
1- la mort de Jean Baptiste ( Marc 6, 17-29) (célébrée le 29 août)
2- La profession de foi de Pierre (Matthieu 16, 13-20)
3- La transfiguration de Jésus (Matthieu 17, 1-9) (célébrée le 6 août)
4- La parabole de l’enfant prodigue (Luc 15, 11-32)

Au 16ème siècle on aimait habiller les personnages de la Bible en vêtements contemporains. Cela donnait aux scènes gravées dans le verre l’impression d’être des événements actuels.
Les autres vitraux (qui sont du 20ème siècle) présentent pour la plupart des personnages qui ont un lien avec l’histoire de la cité de Mortagne.

Une série de vitraux qui présentent des chrétiens

Côté gauche
- Des soldats de la guerre 1914-1918 qui prient avec Jeanne d’Arc.
(il y a parmi eux Jean II, duc d’Alençon, compagnon de Jeanne d’Arc à Orléans)
- Trois femmes (Marguerite de Lorraine, sa belle-mère : Marie d’Armagnac et Mahaut de Bavière) des chrétiennes qui ont grandement contribué à servir la qualité de la vie dans la cité et pour l’Eglise locale. (du 13ème au 16ème siècle)
- Un homme de caractère, Pierre Boucher, Mortagnais qui partit au Canada, et fonda la ville de Boucherville au Québec (17ème siècle).
- Un roi, Louis IX (St Louis) qui visita la région de Mortagne (13ème siècle).

Côté droit
- Deux jeunes hommes habillés en « déportés » les frères Vallée, jeunes chrétiens morts en camp de déportation (1944-1945) à cause de leur engagement militant au coeur du nazisme persécuteur.
Deux femmes, la mère et la fille, les femmes Bigard, fondatrices d’une œuvre au service des missions à travers le monde (la formation d’un clergé indigène).
- Quatre saints, patrons d’anciennes églises de Mortagne, Nicolas, Malo,Jean-Baptiste, Eloi. (2 églises ne sont pas évoquées :Toussaint et Ste Croix). La Révolution a fait disparaître cinq églises à Mortagne. Seule N.Dame a été épargnée. .
- Trois saints prêtres, le curé d’Ars, Vincent de Paul et au centre un prêtre mortagnais : Jacques-Jean Lemeunier, martyrisé au couvent des Carmes à Paris (1792).
- Une moniale entourée de moines, pour évoquer la présence religieuse dans notre région (Ste Céronne, la plus ancienne chrétienne du Perche connue, du 5ème siècle, les Chartreux du val Dieu (abbaye disparue avec la Révolution) les Trappistes , présents à Soligny (à 15kms) depuis le 12ème siècle.

Les chapelles
Il devait y en avoir 7 de chaque côté, mais la tour en a fait disparaître une. Ces chapelles servaient aux réunions de prière et de partage pour les diverses « confréries » qui organisaient les œuvres pour l’Eglise locale. C’est là que se retrouvaient les chrétiens les plus actifs accompagnés d’un prêtre qu’ils rétribuaient. Ecoutez-les parler de la vie à Mortagne. (ils haussaient parfois le ton et le curé devait les tempérer)

Les tableaux : (venant principalement de l’ancienne Collégiale de Toussaint)
Ils évoquent tous des scènes de l’Evangile
(sauf un qui présente Louis XVIII devant le pape Pie VII)
- La présentation de Jésus au Temple (dans l’abside) (Luc 2)
- La Nativité (deux tableaux -chapelles à droite) (Luc 2)
- Jésus descendu de la Croix (à gauche de l’abside) (Jean 19,38-42)
- Un tableau plus petit : Jésus sur la Croix (chapelle du baptistère)

Les statues
L’église n’a pas de statues de grande valeur, mais elles permettent à ceux qui viennent prier ici de trouver des intercesseurs, spécialement la Vierge Marie, Sainte Thérèse, et Saint Antoine de Padoue. De sainte Anne, mère de Marie, à sainte Jeanne d’Arc, canonisée en 1920, elles nous disent l’immense cortège de celles et ceux qui ont donné leur vie pour que vienne le « Règne de Dieu ».

Des boiseries…beaucoup viennent de l’abbaye voisine du Val-Dieu. Il fallait être habité par un immense amour pour ciseler avec une telle finesse stalles et trophées.

Visiter une église c’est parcourir 2000 ans d’histoire, c’est découvrir un peu le Messie des Evangiles, c’est entrevoir aussi le visage de Dieu.
Visiter une église c’est reconnaître les talents de ceux qui l’ont construite et aménagée.
Visiter une église c’est aussi penser à tous ceux qui viennent chanter ici leur foi ou crier leur désespérance.Combien sont entrés ici pour confier au Seigneur un enfant qui vient de naître, un amour qu’ils voulaient éternel ou un proche qui venait de faire le passage de la mort ?
D. Mary – curé - 2008
 
Yves PAVILLET
 
hm