« Ne parlez pas de malheur, mon père » répond-elle à son évêque. Et elle le connaît bien. Particulièrement impliquée à la cathédrale, ils se croisent régulièrement, elle le retrouve dans les diverses associations d’Eglise pour lesquelles elle s’active sans compter. Et lors de sa permanence au diocèse, elle échange avec lui, simplement de sa famille, de tout, de rien, de la paroisse, de son grand fils aussi.
« Ne parlez pas de malheur, mon père ! » Quel est ce déni, cette crainte ? Qu’exorcise-t-elle par ce cri du cœur ? L’évêque veut-il prêcher de nouvelles croisades ? Vendre la cathédrale à un fonds de pension américain pour la transformer en supermarché de l’érotisme ? A-t-il simplement annoncé son départ et son remplacement par l’évêque de Parténia ? La cathédrale est-t-elle menacée d’occupation par des milices intégristes qui obligeraient tout le monde à chanter en latin ?
« Ne parlez pas de malheur, mon père »… La discussion avait tourné autour du grand fils, un étudiant sérieux et marchant bien, impliqué dans plusieurs mouvements. Etaient-ce ses fréquentations, sa consommation de drogue dure ou d’alcool qui faisait réagir la mère ? Allait-il rater un concours, son entrée dans la vie active ? Grâce à Dieu non !
Monseigneur connaissait le jeune, sa famille, et, comme pasteur et successeur des apôtres, il a posé cette simple question à la mère : « Mais à propos de votre fils, Madame, a-t-il déjà pensé à la prêtrise ? »
« Ne parlez pas de malheur, mon père… »
Seigneur ! Donnez-nous des prêtres, beaucoup de prêtres, beaucoup de saints prêtres. Mais donnez-nous peut-être d’abord des parents, beaucoup de parents, beaucoup de saints parents.
Lu dans L’Homme Nouveau 4 février 2006 (rubrique l’humeur de Pasquin)