L’histoire de l’abbaye de La Trappe s’inscrit dans l’Histoire de notre pays et de notre région. Mais qui dit souvent histoire pense "monument historique". Aujourd’hui, c’est une vie monastique continue et continuée qui donne sa vraie vie au célèbre site

 
Fondée en 1140 par l’abbaye du Breuil-Benoît (Eure), cette abbaye cistercienne est le seul monastère d’hommes du département de l’Orne. L’abbaye de La Trappe fait partie de l’Ordre Cistercien de la Stricte Observance qui regroupe en France 16 monastères d’hommes et 14 de femmes (l’Ordre compte plus de 95 monastères d’hommes et 65 monastères de femmes répartis sur les cinq continents).

La fondation du premier oratoire n’a aucun rapport avec le développement du village. C’est le Comte Rotrou III qui bâtit en 1122 une chapelle à la mémoire de son épouse Mathilde qui périt en mer dans le naufrage de “La Blanche-Nef”. Quelques années plus tard, en 1140, des moines bénédictins de l’abbaye du Breuil-Benoît (Eure) installent une communauté monastique. Sept années plus tard, toute la congrégation de Savigny, à laquelle était rattachée La Trappe, s’agrégea à l’Ordre de Cîteaux (d’où le nom de cisterciens).
Après un siècle de ferveur et de prospérité, la guerre de Cent Ans ravagea cette terre de confins entre la Normandie et le Perche. Une première fois, les frères durent abandonner leur abbaye pour se réfugier à quelques kilomètres de là, au château de Bonsmoulins. Les bâtiments furent brûlés en partie et pillés en 1376 puis en 1465.
L’abbaye passa ensuite sus le régime de la “commende” (sous ce régime, les abbayes étaient considérées comme des "bénéfices" que le roi confiait à des clercs, étrangers à la vie monastique et ne s’intéressant guère qu’aux revenus de leurs domaines). La ruine, tant matérielle que morale, était presque consommée quand survint en 1662 Armand-Jean Le Bouthillier de Rancé, filleul de Richelieu, qui avait hérité de la commende de La Trappe. Épris d’absolu, Rancé, devenu abbé de La Trappe, instaura un prodigieux élan d’amour de Dieu et des frères, une discipline stricte, un silence rigoureux et une réforme approuvée par le Pape Innocent XI. Non seulement il sauva La Trappe mais, sous son impulsion, elle devient l’un des monastères les plus fervents, austères et rayonnants du royaume de France.
Tout au long du XVIIIème siècle La Trappe jouit d’une estime méritée. Mais la Révolution ne l’épargna pas. Les moines durent fuir ou se disperser. certains moururent martyrs, tandis qu’une vingtaine d’autres sous la direction de Dom Augustin de Lestrange s’exilèrent en Suisse dans l’ancienne chartreuse de la Valsainte. Là-bas, ils menèrent une vie plus ascétique encore qu’au temps de Rancé. Traqués par les armées révolutionnaires, ils parcoururent l’Europe jusqu’à la Russie en une odyssée tumultueuse. C’est grâce à ces moines issus de La Trappe, entre-temps rejoints par de nombreux postulants, que la vie monastique cistercienne se développa en Europe et en Amérique. Quand les exilés rejoignirent enfin La Trappe en 1815, celle-ci n’était qu’un amas de ruines. Le monastère fut reconstruit sur l’emplacement antérieur. L’entreprise en revint aux successeurs de Dom Augustin : Dom Joseph-Marie Hercelin (1835) et Dom Étienne Salasc (1895). C’est à ce dernier que l’on doit les bâtiments actuels, construits dans le style néo-gothique en vogue à la fin du dix-neuvième siècle.
Les Trappistes (Cisterciens de la Stricte Observance) sont maintenant répandus sur les cinq continents.

Chargés d’histoire, l’abbaye de La Trappe et ses moines continuent leur existence en présence de Dieu ; dans l’esprit du Concile Vatican II (1962-1965), la distinction entre les moines de choeur (choristes) et les frères convers (qui se consacraient davantage au travail manuel) a été abolie, la liturgie réformée et les Constitutions rénovées (1990).
 
La Trappe
L’abbaye