Septembre 2010 : grande animation à l’Abbaye de La Trappe où 120 amis de la Bergerie fêtent les 25 ans de l’association. Au cours de la messe, présidée par Dom Guerric, pour les membres vivants et défunts de l’Association, l’Évangile « tombe à pic », comme le souligne Frère Bernard dans son homélie...

 

Dieu ne manque pas d’humour !
 
Le jour même où sont rassemblés nombreux avec nous les Amis de la Bergerie pour fêter le 25e anniversaire de cette belle oeuvre… l’Évangile nous propose ce texte sur l’homme qui, voulant bâtir une tour, doit commencer par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout…
On ne peut pas dire qu’il y a 25 ans, Frère François avait les moyens financiers pour achever le projet de rénovation de cette vieille bergerie… À dire vrai, il n’avait même pas de quoi commencer les fondations…
Pourtant il n’est pas resté assis, mais a commencé à bâtir, sans connaître le montant des dépenses et sans avoir l’assurance humaine de parvenir à quoi que ce soit.
 
 
 
Témoignage
 
Avant tout projet, se mettre à genoux
 
Frère François, c’est un grand jour pour vous et qui doit, je suppose, vous rappeler bien des souvenirs ?
 
Grand jour pour tous les Amis de la Bergerie ! Des souvenirs… oui, que je me remémore dans l’action de grâces, tout au long de cette année anniversaire, en feuilletant les bulletins à travers lesquels j’ai déjà partagé tous ces moments merveilleux où l’on voit Dieu à l’oeuvre…
Justement, en feuilletant le premier numéro, je m’aperçois que j’y avais écrit une quasihomélie sur le même thème que Frère Bernard, avec une petite variante cependant :
« s’asseoir oui. Mais avant de s’asseoir, surtout quand on sait d’avance que l’on n’a ni moyen ni compétence, il n’est pas interdit de se mettre à genoux. Ensuite on ne s’assied plus tout seul pour compter ses sous et faire de savants calculs. Une fois discerné que le projet vient bien de Dieu, il y a d’autres préoccupations à propos du projet pour accueillir ses enfants dans cette bergerie, où Il veut que tout soit bien adapté pour l’accueil des personnes handicapées et blessés de la vie…
 
 
Vous voulez bien nous redire ce que vous appelez la naissance de l’Association ?
 
 
Si l’Association date de 25 ans, l’accueil à la Bergerie existait bien avant. C’est depuis 1965 que mon Père Abbé m’a chargé de l’accueil. Déjà on recevait alors des groupes de jeunes, valides et handicapés, dans cette ancienne bergerie où rien n’était dans les normes. Au printemps 1985 une visite de la Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales se concluait par la fermeture de ce lieu d’accueil, faute de moyens pour entreprendre les travaux indispensables. On m’avait bien suggéré de créer une association, mais pour moi c’était clair : Pas question de m’embarquer là-dedans, où d’ailleurs je ne connaissais rien…
 
 
De la vie monastique à l’accueil…
 
1985 : c’était aussi pour moi les vingt-cinq ans de vie monastique dont vingt ans au service de l’accueil, un emploi bien passionnant à vrai dire… Pour tourner la page et faire le point après ce quart de siècle à La Trappe, je suis allé faire retraite en Bretagne, chez les Trappistines de Campénéac.
Au pied du calvaire qui domine le monastère, l’idée d’une association m’est revenue avec insistance… « Il faut non seulement restaurer la bergerie mais que tout y soit prévu pour l’accueil des personnes handicapées, car c’est leur présence qui viendra féconder ce lieu de retraite ». J’ai tout de suite réalisé qu’une telle pensée ne pouvait venir de moi. Mon adhésion a été toute simple : « Si c’est bien toi qui le demandes, Jésus, c’est d’accord. Mais tu sais que je n’ai pas un sou pour commencer, tu seras donc le Président d’Honneur à vie de l’Association, et tu en seras aussi le trésorier » !
L’association était née… Au retour de ma retraite, le Père Abbé, après avoir consulté le Conseil économique, m’accordait le feu vert. Du moment que je ne demandais pas un sous pour me lancer…
après tout…
Depuis 25 ans, je ne peux que m’émerveiller et rendre grâce avec tous les Amis de la Bergerie pour cette « oeuvre de Dieu » où on Le voit à l’oeuvre. De quoi écrire tout un livre… Pour cela il suffira d’ailleurs de résumer les bulletins de liaison qui relatent année après année toute cette belle histoire.
Dès le début, le Seigneur a suscité des bénévoles, à commencer par un Inspecteur de la Jeunesse et des Sports qui connaissait la bergerie et surtout notre lieu de camp pour les scouts qu’il visitait l’été. Il s’est spontanément proposé de m’aider… « Je vais venir vous aider à faire le brouillon de la lettre qu’il faut
m’envoyer ». Dès lors, c’est lui qui a pris en main tous les dossiers, les demandes et toute la paperasse où je n’avais vraiment aucune compétence.
Autres bénévoles des premières heures : deux architectes, deux chefs d’entreprise, de maçonnerie et de menuiserie, arrivant justement à la retraite ; des artisans et des dizaines de jeunes…
en plus évidemment des diverses entreprises pour le gros oeuvre. Et les dons arrivaient toujours à temps pour régler les factures. Jamais nous n’avons eu un centime de dette…
 
De l’accueil au chemin de foi
 
Au fil des ans, l’Association est devenue Centre de Vacances, puis OEuvre de bienfaisance et d’assistance, (permettant les réductions d’impôts de 66 % dans la limite de 20% du revenu imposable), puis au fil des normes européennes pour l’accueil des mineurs et personnes handicapées, un nouveau bâtiment est construit pour garder la capacité d’accueil à 50 places.
Puis un parcours catéchétique : « Le chemin de foi »…
Le plus beau, c’est bien sûr ce qui se passe dans les coeurs. C’est le secret de Dieu, mais bien des témoignages sont venus confirmer l’intuition du projet initial : « la présence des personnes handicapées viendra féconder ce lieu de retraite ». Je reçois justement ces jours-ci le témoignage d’un couple.
L’un et l’autre sont handicapés et viennent durant les vacances depuis 4 ou 5 ans. Ils s’éveillent petit à petit à la foi. Ils me demandent avec insistance d’adresser aux Amis de la Bergerie ces quelques mots,
comme un « merci »… « Chaque fois qu’on passe à la Bergerie, on en repart plus heureux, plus courageux, comme si quelque chose nous ressourçait ou que quelqu’un nous habillait de je ne sais quoi, d’amour et de lumière, une sorte de confiance qui nous arme d’humbles sentiments et de sérénité… »
 
 
 
Le chemin de foi fait entrer dans la joie de ton Maître
 
 
En plus des groupes accueillis pour un jour et des scouts venus camper, la Bergerie reçoit en moyenne de 80 à 100 groupes par an, soit autour de 2000 personnes, dont environ un tiers avec des personnes handicapées. Les groupes sont en gestion libre. Notre principe : Le plus pauvre est le premier invité, celui à qui Dieu a donné davantage compense pour celui qui a moins et il se fait un devoir sacré de ne pas prendre la part du pauvre. Cette part c’est l’apport des dons et cotisations des membres de l’Association qui contribuent au fonctionnement et à l’entretien des locaux et de l’environnement. Un bon placement qui
prend auprès du Bon Pasteur, notre Trésorier, une valeur d’éternité !…
J’étais malade, étran ger, et tu m’as accueilli… Entre dans la joie de ton Maître…
Actuellement l’Association compte plus de 300 membres actifs dont un bon nombre sont fidèles depuis 25 ans.
 
Renseignements : Les Amis de la Bergerie - Abbaye de La Trappe - 61380 Soligny-La-Trappe - Tél. 02 33 84 17 67 - Fax 02 33 24 55 10
Courriel : bergerie@latrappe.fr
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