Ce titre désigne deux territoires géographiques successifs, dont la partie principale et centrale n’a pas varié, mais dont l’historien doit additionner les deux configurations partiellement superposées, sans négliger les secteurs perdus ou gagnés lors de la révolution française.
Primitivement couvert de forêts, le diocèse a regroupé une dizaine de petites régions habitées, des "pays" qui conservent aujourd’hui leur paysage différencié et varié : Houlme, Hiémois, Auge, Ouche, Perche, Saonois, Bocage, Désert, Passais…
Il appartient lui-même à un ensemble pus vaste de diocèses qui devint plus tard la Normandie : il en est l’élément le plus enfoncé dans les terres et probablement le plus tardif.
Carte des diocèses avant 1789
Sa première trace historique certaine est la signature de son évêque Passivus, à quatre conciles d’Orléans, peu après la mort de Clovis, de 533 à 549. Il est précédé, avec le même titre, d’un certain Litardus, au premier concile d’Orléans, en 511.
L’évangélisation de notre région a pu venir d’abord par les moines qui s’établirent dans l’un ou l’autre de ces petits "pays". Le Perche garde le souvenir de Ste Céronne, une moniale venue de la région de Béziers, morte en 490. Le Passais reçut au 6ème siècle Ernier, Bômer, Fraimbault, Auvieu, venus de Mici, près d’Orléans.
Quand à l’établissement épiscopal, il se fit plus probablement par Rouen ou Tours, les plus proches capitales des anciennes provinces gallo-romaines. D’ailleurs cette entreprise d’évangélisation dut être recommencée plusieurs fois, comme le suggèrent les fréquentes lacunes des listes épiscopales jusqu’au 10ème siècle. Les traces directes de ces siècles obscures sur le terrain ont ensuite dispari du fait des invasions normandes du 9ème siècle.
Notre Antiquité religieuse avait déjà précédé et préparé le christianisme. Il en reste des traces mégalithiques, surtout au pays de Domfront : témoin la "Table au Diable", récemment restaurée à Passais, tout près de ND de l’Oratoire. De même , aux environs d’Alençon et de Bellême, les restes des sanctuaires d’Oisseaux et de la Herse nous font rejoindre l’époque gallo-romaine. Au cœur de l’ensemble géographique ainsi repéré, le site central d’Exmes a pu être le premier siège religieux chrétien à l’époque mérovingienne. Passivus signe de ce titre avant d’adopter celui de Sées, en 541.
En cette région centrale, au 8ème siècle, un peu avant le règne de Charlemagne, une série d’évêques de nom et d’origine lorraine (Loyer, Godegrand, Gérard) sont apparentés avec la féodalité naissante. Ils laissent une réputation de sainteté illustrée aussi par Ste Opportune, abbesse d’Almenesche. Notre diocèse dut avoir un premier réseau de paroisses rurales liés aux implantations monastiques ou à l’initiative de grands propriétaires devenus chrétiens avec toute leur domesticité.
Tout fut balayé au 9ème siècle par les invasions des normands. Mais ce peuple rude et barbare se laissa toucher par l’évangile et s’établit dans toute cette région, avec l’accord du roi de France. Né au diocèse de Sées, Guillaume de Falaise deviendra duc de Normandie, puis roi d’Angleterre. Conseillé par les moines du Bec-Hellouin, St Anselme et Lanfranc, il favorise la "paix de Dieu" et la liberté de l’Eglise, à l’heure même où le pape Grégoire VII doit lutter en ce sens contre l’empereur d’Allemagne. (Canossa 1077).Un comte de Sées, Osmond, devient évêque de Salisbury. La Normandie devance alors la chrétienté française avec un nouvel essor monastique dont le principal berceau est Savigny (tout près de Pont-Main), abbaye fondée par St Vital de Mortain. C’est l’heure de la première Croisade où s’enrôleront bien des chevaliers normands.
Au seuil du 12ème siècle, à la bataille de Tinchebray (1106), la Normandie devient province anglaise. Le diocèse de Sées sera pris dans les guerres de successions, comme plus tard aux 14,15ème siècle, par la Guerre de Cent Ans. Entre ces deux périodes, il connaît, au 13ème siècle, un essor spirituel avec l’arrivée des franciscains, du vivant même du Pauvre d’Assise. L’actuelle cathédrale de Sées s’édifie au long de ce siècle. Et le roi St Louis s’attache au duché d’Alençon et du Perche, dont il fait un "apanage" de la couronne de France.
Terre natale de grands saints, notre diocèse le fut plusieurs fois aux siècles modernes. Il reçut d’abord, comme duchesse d’Alençon à la fin du 15ème siècle, la Bienheureuse Marguerite de Lorraine qui gouverna une trentaine d’année, juste avant la réforme protestante, et fut l’arrière grand-mère du roi Henri IV. Le diocèse souffrit beaucoup de cette crise et des guerres de religions au 16ème siècle.
Au 17ème siècle St Jean Eudes, né à Ri, près d’Argentan, fut l’émule de St Vincent de Paul comme missionnaire des diocèse de Normandie et de Bretagne. Docteur et apôtre du culte du Cœur de Jésus et Marie, il fonde des congrégations religieuses apostoliques pour les séminaires et pour l’éducation et le service des pauvres.
Carte des anciens et nouveaux diocèses
A la fin du 18ème siècle, les martyres et confesseurs de la foi durant la tourmente révolutionnaire ont aidé le peuple croyant à franchir la grande épreuve que fut aussi la mutation du diocèse, décrétée par la Convention, acceptée ensuite par le Pape lors du Concordat. Trente ans plus tard, Anne Marie Javouhey, de passage à Alençon, accepte de réorganiser le dépôt de mendicité. Elle ouvre en 1845, un orphelinat et pensionnat où Zélie Guérin, mère de Ste Thérèse, apprendra le point d’Alençon…
Ainsi se prépare déjà la courte vie de Thérèse Martin, née et baptisée à Alençon en 1873, morte au Carmel de Lisieux en 1897.
Son ardeur missionnaire se retrouve en deux femmes de Mortagne, les "dames Bigard", fondatrices d’une Oeuvre pour le clergé des autres continents. Mortagne vénère aussi les frères André et Roger Vallée morts pour l’évangile dans les camps nazis.
Avec la photo de l’église de Clérai : cette église et une fontaine voisine, aux environs de Sées, conservebt le souvenir, selon une tradition ancienne, du refuge et de la sépulture du premier évêque de Sées, Saint Latuin. L’église de Belfond a recouvré en 1970 ses reliques, transférées à Anet au diocèse de Chartres au temps des invasions normandes et jalousement conservées deius lors par sa paroisse d’asile.
Cf. Pierre FLAMENT, Recherches sur St latuin.
Bulletin de la Société Historique et Archéologique de l’Orne
Tome 88, année 1970.