« Voir, c’est avoir
allons courir, vie errante
est chose enivrante.
Voir, c’est avoir
allons courir
car tout voir, c’est tout conquérir. »
(Proverbe Gitan)
« Nous sommes des voyageurs...
Parfois sédentaires...
Jamais sédentarisés...
Telle est I’expression d’une volonté farouche :
« Rester ce que nous sommes : des voyageurs libres et indépendants, attachés a notre mode de vie. »
Tout effort pour insérer les gens du voyage, sera voué à l’échec, si insertion veut dire : « devenir comme des gadgés », par l’habitat, le travail, l’éducation des enfants.
Pour les gens du voyage, refuser l’assimilation, sera le moyen de rester « différents ». Le chemin qui ouvre un avenir commun entre sédentaires et voyageurs est de vivre ensemble nos différences, tout en devenant compagnon une même vie à vivre dignement, tout en devenant contemporain d’une même époque à transformer ensemble, tout en devenant concitoyen d’une même responsabilité à prendre ensemble.
Ulysse 35, l’association pour l’accueil des gens du voyage, peut nous aider à préparer des chemins de rencontre, des espaces pour créer du lien social, des écoles pour devenir : compagnon, contemporain, concitoyen.
Les communes peuvent mettre en place des dispositifs qui favorisent le voyage, parce que le stationnement sera facilité.
Les élus peuvent établir des lois qui permettent aux gens du voyage de garder leur spécificité culturelle, ce qui permet de grandir en humanité. Et a chacun de connaître pour davantage comprendre et donc mieux se rencontrer.
De quoi vivent-ils ?
Voila une question qui m’a toujours étonné de la part des sédentaires qui pourtant rencontrent chaque jour les gens du voyage sur les marchés, sur les routes, au pas des maisons.
De quoi vivent-ils ? Cette question m’a toujours laissé perplexe : vient-elle d’une jalousie pour cette liberté vécue par les gens du voyage ? Est-elle issue d’une peur que suscitent les fils du vent partout présents ?
Ils sont connus les métiers vécus par les gens du voyage, travail surtout lié au voyage.
Ecoutons le jeune Tony nous dire les professions de sa famille :
« Dans le peuple des voyageurs, il y a beaucoup de métiers : étameurs, vanniers, rempailleurs, chineurs, brocanteurs, marchands forains, ferrailleurs, ramoneurs, rémouleurs. »
II y a aussi les métiers lies à la fête foraine, au cirque. Selon les saisons, il y a la cueillette des fruits.
Toujours une grande capacité d’adaptation pour trouver ce qui leur permettra de vivre et de faire vivre la famille.
Comment veulent-ils vivre ?
C’est aux gens du voyage de s’exprimer. Voici quelques-unes de leurs réflexions glanées au coeur de la vie :
Laissez-nous poursuivre notre route.
Permettez-nous de vivre à coté de vous, mais pas comme vous.
Nous n’avons pas le choix, on veut nous sédentariser.
Si nous sommes à part, c’est parce qu’il y a exclusion.
Pour nous, résister, c’est la force de notre tradition.
S’intégrer, c’est s’anéantir.
S’insérer, c’est se disperser.
Le voyage est né de l’exclusion. Aujourd’hui, il est le catalyseur de notre vouloir vivre.
Les gadgés par la vie moderne perdent leur temps, leur conscience, leurs rêves.
Refuser le salaire qui nous enferme en un lieu, qui nous soumet à un patron.
On n’a pas envie de vivre comme les gadgés.
Quand on me dit : de quoi vous vivez ? Je préfère répondre : q’est-ce qui me fait vivre ?
Nous avons un savoir faire qu’on transmet aux jeunes.
La chine, c’est instinctif, ça ne s’apprend pas, ça se transmet.
Le métier, c’est dans le sang.
Pour nous, notre façon de vivre, c’est un moyen de survie, c’est aussi un défi.
S’intégrer, c’est régresser.
Les gens du voyage qui se sont sédentarises se sont appauvris a tous les points de vue.
Le voyage est pour nous une volonté tenace de vivre comme les ancêtres.
Notre tradition est un dynamisme.
Je veux être libre dans mon travail, maître de mon temps, attache à ma Communauté.
Nous Vivons parmi vous, mais vous nous accepter qu’ailleurs !
Autrefois, on s’adaptait, parce qu’on voyageait. Aujourd’hui, il nous faut s’insérer parce qu’on veut nous sédentariser.
Quand je reçois le RM.I , qu’est-ce que je peux dire à mes enfants, de cet argent ?
Aller de maison en maison pour chiner, c’est rester nomade.
Toutes ces paroles, illustrent cette volonté de rester fidèle aux traditions, vécue non comme une régression vers le passé, mais comme un défi : Etre présents au rendez-vous de la construction de l’avenir.
S’ils restent en marge de la société dite moderne, c’est parce qu’ils sentent que cette société technocratique est mangeuse d’hommes. Dans un monde ou l’enfermement devient total, la vie errante des gens du voyage est un appel à la liberté, partout menacée.
Dans un monde qui se globalise, les gens du voyage veulent rester : Roms,
Manouches, Gitans, ou Yenishes, c’est a dire « Voyageurs » .
A condition que cette itinérance, ne soit pas errance pour rechercher un lieu de stationnement, un travail.
Quand les sédentaires dénoncent la volonté tenace des gens du voyage a ne pas s’ intégrer, ils oublient qu’ils mettent en place un processus de désintégration.
La sédentarisation, jamais volontaire, toujours imposé, c’est un renoncement auquel on assujetti un peuple, d’ou perte de dynamisme, incapacité d’adaptation, sentiment d’échec, qui sont les facteurs de désintégration.
Le groupe générationnel le plus résistant, ce sont les Ados : groupe dont le seul rôle aujourd’hui est de rester voyageur, contre le reste du monde, d’où difficulté pour la société moderne d’offrir à ces jeunes des perspectives qui les fasse vivre.
« Nous continuons la race ».
Le jeune Tsigane reste Tsigane, c’est sa volonté farouche, mais en même temps, il se veut d’être contemporain, c’est son désir.
L’école peut donner aux Ados, des outils pour être contemporain, être de son temps, c’est aussi l’espace ou les Ados apprennent à être responsables.
Les élus civils ont à se préoccuper de ceux qui vivent mal. Ceux que la vie n’a pas épargnés : accident, maladie, vieillesse, ceux qui restent en marge, ceux qui voyagent dans l’enfer de la misère.
Les gens du voyage ont a répondre non a la question : De quoi ils vivent ? Mais qu’est-ce qui les fait vivre ? Qu’est-ce qui fait la richesse de leur vie ?
Roger PEREZ.