puce CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PASTORALE DES MIGRANTS ET DES PERSONNES EN DEPLACEMENT

Rencontre Internationale d’Etude des Directeurs Nationaux de la Pastorale pour les Tsiganes
Cité du Vatican 11 - 12 décembre 2006

CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PASTORALE DES MIGRANTS ET DES PERSONNES EN DEPLACEMENT
Rencontre Internationale d’Etude des Directeurs Nationaux de la Pastorale pour les Tsiganes
Cité du Vatican 11 - 12 décembre 2006


CONCLUSIONS DU DOCUMENT FINAL
L’analyse approfondie des Orientations, dans leur dimension anthropologique, sociologique, théologique et ecclésiale, sans négliger les aspects historiques et juridico-législatifs, ainsi que les discussions en groupes d’étude, ont fait apparaître les considérations suivantes :
1. Les Directeurs Nationaux ont reconnu l’importance d’avoir finalement un Document (Orientations) qui témoigne des efforts accomplis par l’Eglise catholique pour le soin pastoral des Tsiganes, qui reconnaisse leur spiritualité et qui veuille offrir aux nomades l’enseignement de l’Evangile dans sa totalité. n s’agit d’un Document qui décrit la pastorale des Tsiganes non pas comme une pure bienfaisance, mais comme une exigence de la catholicité de l’Eglise.

2. Les Orientations sont le fruit de l’engagement pastoral accompli jusqu’à présent et de l’échange d’expériences réalisées. Elles marquent donc un moment important dans l’histoire de
. l’évangélisation et de la promotion humaine en faveur des Tsiganes. La déclaration du Pape Paul VI à cet égard : « Vous êtes au cœur de l’Eglise » (Pomezia, 1965) et l’affirmation du Concile Vatican II selon laquelle l’Eglise ne fait pas de différences entre les hommes (cf. Gaudium et spes), mirent fin au silence historique, à l’égard de ce peuple.
3. Le XXème siècle a en tout cas apporté un changement fondamental dans la vision du monde des Tsiganes grâce à deux événements d’une grande portée historique : le premier fut la béatification de, Ceferino Jiménez Malla, humble Tsigane espagnol, martyr de la guerre civile de 1936, tandis que le second se réfère à la demande de pardon à Dieu pour les péchés commis, notamment à l’égard des Tsiganes, par les fils de l’Eglise, demande faite par le Pape Jean-Paul II le 12 mars 2000, dans le cadre des célébrations liturgiques du Grand Jubilé.
4. Parmi les sujets pécheurs - sinon en action, du moins par omission - peuvent également être inclus une tiédeur séculaire, et même le manque d’une approche spécifique et spécialisée de l’Eglise et de ses pasteurs, prêtres et autres agents pastoraux, pour la mission parmi les Tsiganes.• A cet égard, les Orientations exhortent l’ensemble du peuple chrétien à une conversion de l’esprit et des attitudes, afin d’instaurer un rapport positif avec la population tsigane.
5. Dans ses comportements envers les Tsiganes, l’Eglise ne doit pas seulement "accueillir"
. (l’accueil s’accomplissait déjà dans l’Ancien Testament), mais elle doit prendre le risque d’aller vers l’autre, surtout vers ceux qui sont différents, qui sont rejetés, qui ne sont pas les bienvenus, comme cela ressort du Nouveau Testament. C’est le Christ des Evangiles qui rompt les tabous culturels.
6. L’Evangile - mystère de salut confié à l’Eglise - doit être prêché aux hommes de toute culture. Dans l’œuvre d’évangélisation des Tsiganes, le processus d’inculturation, comprise comme l’incarnation de l’Evangile dans les cultures et, en même temps, leur introduction dans la vie de l’Eglise, doit retrouver sa valeur et sa priorité. Dans ce contexte, les Orientations mentionnent une série d’opinions, mais montrent également la possibilité d’atteindre l’équilibre souhaité. L’affirmation selon laquelle, dans le sillage de la vraie catholicité, l’Eglise doit devenir, en un certain sens, elle-même tsigane parmi les Tsiganes, afin que ceux -ci puissent participer pleinement à la vie ecclésiale, est essentielle à cet égard.
7. La "promotion humaine" et "l’évangélisation" sont deux aspects complémentaires inséparables pour la diffusion du Royaume du Père, qui est règne de vérité et de vie, règne de sainteté et de grâce, règne de justice, d’amour et de paix. Dans l’activité pastorale en faveur des Tsiganes, donc, aide humanitaire et vérité de l’Evangile doivent aller de pair et il est nécessaire que les éléments de justice, de fraternité et d’égalité fassent sa spécificité.



8. Pour ce qui a trait à la "purification" de la culture tsigane, ce processus doit advenir par le biais de l’Evangile et trouver son plein accomplissement dans le Christ. Les Orientations soulignent qu’à côté de l’ "acceptation" de la culture tsigane, l’Eglise doit aussi orienter la pastorale vers le dépassement des aspects non conformes à la vision chrétienne de la vie ou qui, d’une façon ou d’une autre, constituent un obstacle sur la voie de la réconciliation et de la communion entre Tsiganes et gagé.
9. Le Tsigane ressent un sentiment d’exclusion, le désir de conserver sa mobilité et sa famille. La solidarité est au centre de sa mentalité. Sa conception religieuse et sa foi sont fondées sur l’existence d’un Protecteur puissant.
La Rédemption - comme plénitude de la solidarité - ne concerne pas uniquement l’âme, mais l ’homme dans son intégralité, y compris sa culture, son type de relations, etc ... Dans la transmission de l’Evangile, il est donc extrêmement important de considérer les valeurs et la richesse de la culture tsigane, connaître sa langue, apprécier ses traditions et ses coutumes. En réalité, le partage de la vie tsigane apporte un enrichissement réciproque.
10. Quoi qu’il en soit, un respect exagéré de la tradition tsigane peut donner lieu à l’isolement ou au refus. Les gagé portent d’ailleurs aussi une responsabilité dans les domaines suivants : éducation, formation professionnelle, égalité face à la loi, dignité humaine, pardon réciproque, interruption d’une chaîne d’offenses qui se transmet de génération en génération. L’acte de confession des fautes des fils de l’Eglise - que nous avons déjà mentionné - en vue d’une "purification de la mémoire" à l’égard aussi des Tsiganes, permet d’améliorer les relations aujourd’hui. Le premier pas du dialogue consiste à accepter d’être différent.
11. L’absence ou l’insuffisance de reconnaissance de l’identité tsigane par la société et/ou l’Eglise comporte un processus d’assimilation et non d’intégration. Il est louable que les Orientations affirment que seule l’intégration, comprise comme insertion harmonieuse dans la pleine acceptation de la diversité, conduit vers l’unité souhaitée. Accueillir les Tsiganes sans les assimiler, en les aidants de préférence à conserver leur spécificité, se présente toutefois comme un équilibre difficile à atteindre.
12. Les Tsiganes ont survécu et continuent de survivre à une réalité séculaire de refus, avec une réaction qui devient partie intégrante de leur culture. Cet élément culturel les fait participer à la préoccupation du Christ de briser les tabous et à son amour privilégié pour les plus faibles. A la suite du Christ, l’Eglise a pour mission de reconnaître et de stimuler cet amour.
13. La spécificité propre à la pastorale tsigane ne peut toutefois pas éliminer le sens de la responsabilité universelle territoriale de l’Eglise. Les Tsiganes interpellent, en effet, toute l’Eglise ; d’où la nécessité d’une articulation entre pastorale spécifique et territoriale, paroissiale. Il revient à l’évêque la responsabilité d’encourager les Tsiganes à conserver leur identité et leur unité. Ils doivent se sentir bien accueillis dans l’Eglise locale et dans la communauté à laquelle ils appartiennent, dans leurs déplacements. Ceci est clairement indiqué par les Orientations.
14. Dans le contexte socio-politique actuel, des phénomènes nouveaux apparaissent, qui interpellent l’Eglise, à savoir :
* de nouvelles migrations tsiganes inquiètent les Etats et font peur aux populations, donnant naissance à un nouveau racisme ou une xénophobie inquiétante, dans la mesure où ils sont la négation de l’ouverture du cœur voulue par le Christ ;
* ces nouvelles migrations créent des rencontres deo populations et de groupes qui auparavant s’ignoraient ;
* parallèlement, les Tsiganes s’efforcent de sortir de la mentalité d’assistés et de s’affirmer en tant que ’tels ;
* les instances civiles tentent de donner aux Tsiganes une voix qui leur permet de s’affirmer.
III. RECOMMANDATIONS
Considérant tout ce qui est mentionné ci-dessus, les participants ont affirmé la nécessité :

- que l’Eglise fasse sienne les angoisses et les espoirs des Tsiganes, afin que l’Evangile soit vécu et annoncé d’une façon appropriée à leur mentalité et à leurs traditions. Cette préoccupation doit avoir des conséquences dans les domaines liturgique et catéchétique ;

- qu’elle accepte de s’enrichir des valeurs tsiganes, nées de la résistance à l’assimilation et aux ... " persécutions, car l’universalité même de l’Eglise le requiert ;

- de donner la priorité à la tâche du Promoteur épiscopal. Sa présence et son attitude sont essentielles pour les agents pastoraux qui ont besoin de soutien, de sollicitude et d’attention à leurs besoins particuliers ;

- de requérir plus d’engagement de la part des évêques, surtout pour l’accueil et pour la création d’espaces d’écoute des Tsiganes, ainsi que pour prévenir la discrimination. Il faut considérer l’opportunité d’utiliser l’’’advocacy’’ ecclésiale pour défendre leur cause et leurs droits ;

- de favoriser les associations politiques et culturelles des Tsiganes, même si cela comporte des risques. C’est une question de dignité, condition de l’adhésion personnelle à Jésus-Christ ;

- de renforcer le rôle actif et la responsabilisation des Tsiganes dans l’Eglise ;
.

- d’intensifier les efforts et la sollicitude pour les vocations, étant donné l’importance de la présence de prêtres, diacres, religieux et religieuses tsiganes dans cette pastorale spécifique ;

- de multiplier les lieux où les Tsiganes peuvent s’exprimer, eux et leur foi, comme dans la formation des Ecoles de la Foi, ferment d’un dialogue respectueux dans lequel les Tsiganes expriment leur foi ;

- de sortir du schéma "habituel" de préparation aux Sacrements. Il faut tenir compte de l’élément culturel et existentiel de l’émotivité (sentiments) et de l’immédiat, qui est spécifique aux Tsiganes. Il faudra de beaucoup préférer une "continuation" pastorale à un monitorage épisodique ;

- de promouvoir les pèlerinages, occasions de rencontre, pour briser l’image encore trop forte que l’Eglise est celle des gagé et qu’il faut renoncer à son identité tsigane pour être un "bon chrétien". Une Eucharistie sur le terrain peut signifier une présence du Christ au cœur de la vie tsigane ;

- de manifester la solidarité de l’Eglise avec les objectifs de justice de la société civile envers les Tsiganes et favoriser l’émergence de la culture tsigane pour la faire connaître aussi sous sa dimension de foi ;’

- de souligner le bien-fondé de la reconnaissance de la part du diocèse de la spécificité de la pastorale des Tsiganes, et donc

- d’informer les autorités religieuses de l’existence des Orientations, en relevant les expressions particulièrement significatives telles qu’elles suscitent préoccupation et responsabilité pastorales ;•

- d’œuvrer pour favoriser l’accueil et une application appropriée des Orientations. Etant donné la diversité et la complexité des situations dans lesquelles vivent les Tsiganes dans les différents pays, il conviendra de penser à élaborer une sorte de directoire national ;

- de mieux coordonner le ministère des aumôniers des Tsiganes avec ceux des curés locaux ; sur le territoire. Les communautés paroissiales devront s’ouvrir à l’accueil et reconnaître les choses positives qu’accomplissent les agents pastoraux ;

- de concevoir des parcours catéchétiques en fonction des spécificités locales ;

- de favoriser des rencontres organisées entre agents pastoraux et Tsiganes responsables pour établir des relations authentiques et susciter la "vie ensemble". Agir selon la maxime "rien pour eux, mais tout avec eux", c’est-à-dire soutenir et accompagner les Tsiganes. La terre est à tous, donc les Tsiganes aussi ont le droit au logement, le droit de voter et d’être considérés comme des citoyens à part entière ;

- d’affronter loyalement le défi que les nouvelles migrations comportent pour la pastorale lors de la rencontre avec d’autres religions et confessions, c’est-à-dire avec un esprit enrichissant d’adhésion à l’Evangile et à l’Eglise, et un esprit d’ouverture ;

- d’offrir davantage d’occasions d’améliorer la connaissance réciproque des responsables pastoraux. Ils devront vérifier en commun leurs relations avec les Tsiganes et celles de ces derniers avec eux, pour donner progressivement naissance à une spiritualité pastorale commune, adaptée aux nouvelles situations. Elle doit être vivante et ne peut pas être stéréotypée ;

- d’intensifier la collaboration avec les institutions civiles pour qu’elles donnent voix aux Tsiganes et de considérer la possibilité de créer, dans l’Eglise, des Forums pour permettre aux Tsiganes de présenter leurs problèmes, leurs questions et certains cas particuliers.

- En ce qui concerne le phénomène des sectes, il est nécessaire de considérer le n° 77 des Orientations comme base de nos comportements.

Aumônerie des gens du voyage