1. Le contexte

 

Quand nous avons démarré “l’appel des clochers” en 2007, il y avait déjà eu sur la paroisse Saint-François-en-Écouves, des initiatives patrimoniales intéressantes (comme à Sainte-Marguerite-de-Carrouges avec exposition de photos et vente de cartes postales au profit de la Fondation du patrimoine pour la restauration de l’église classée) et aussi cultuelles : un été avec des “Jeudis de l’adoration” qui amenaient le Saint-Sacrement dans les églises qui n’avaient plus de célébration dominicale. Cette initiative a été délaissée car en fait d’adoration, elle ressemblait davantage à un “Salut du Saint-Sacrement” modernisé, trop bavard pour être adoration, pas assez structuré pour être un office liturgique traditionnel comme les Vêpres. De plus, à l’époque, l’ermitage de la Cassine, qui faisait partie de la paroisse, était dédié à l’adoration et à l’oraison, et tant que les conditions météorologiques le permettaient on se relayait pour “tenir en Sa présence”.

Inscrite dans les mœurs estivales de la paroisse, la célébration dominicale “délocalisée” à l’occasion de fêtes communales, réunit la plupart des pratiquants carrougiens, la chorale, avec les édiles du pays et les résidents estivaux.

Les grands rendez-vous de la Raîtière, deux pèlerinages : un à l’Ascension l’autre à l’Assomption, attirent beaucoup de monde et l’association liée à la fondation du patrimoine y est très active. L’été s’achève avec le traditionnel pèlerinage à Saint Michel de Goult, assez sportif mais tout à fait “gratuit” puisqu’il n’y a pas d’association de sauvegarde du patrimoine. Cette commune, La Lande-de-Goult, est pourtant riche en patrimoine religieux : outre la chapelle Saint-Michel sur le promontoire du site protohistorique de Goult, on y trouve le prieuré et son église Saint Pierre, désaffectée, propriété du parc Normandie-Maine, et l’église paroissiale, au bourg, avec le cimetière, laquelle n’accueille plus que les funérailles des natifs.

D’autres églises de la paroisse ne s’ouvraient que pour des funérailles et aussi (mais pas toutes) le 11 novembre. N’ayant aucun intérêt architectural, entretenues a minima par les municipalités, ouvertes de façon aléatoire par des personnes âgées et isolées, hors des circuits touristiques, elles n’intéressent plus que quelques nostalgiques d’un autre âge.

 

2. Le déclic

 

En septembre 2007, nous avons connaissance des “Journées juridiques du Patrimoine” et de la question provocatrice de Mgr Dagens : “L’Église catholique veut-elle encore de ses églises ?”. Une paroissienne se rend au colloque et en rapporte un compte-rendu enthousiasmé ainsi que des documents qui donnent des idées et surtout des éléments de discernement sur les enjeux de l’ouverture de nos petites églises. Le rapport fait écho à nos observations : les gens qui ne pratiquent pas ou peu sont attachés à leur clocher, parfois de façon très identitaire : “chez nous c’est les clochers, pas les minarets, qui ponctuent le paysage”. Des communes se démènent pour conserver ce lieu de mémoire, certaines prêtes à en faire un lieu culturel (exclusivement ?) mais pas du tout décidées à le raser ni même à le désaffecter. Alors, nous, catholiques pratiquants, sommes mis au défit d’apporter de la vie chrétienne dans ces lieux-là. Tandis que nos rassemblements, nos temps forts, se font hors église (gymnases, podiums en plein air, salles polyvalentes, etc. lors des JMJ ou des rassemblements diocésains et de doyennés !). Nos églises, pour nous qui vivons de prière et d’eucharistie aujourd’hui, s’avèrent ou trop grandes ou trop petites pour notre usage cultuel : paradoxe ! De plus, nous y sommes souvent “coincés” par le mobilier, ou mal à l’aise dans le décor. Il nous a donc fallu nous convertir et nous ouvrir pour regarder d’un autre œil ces églises dont les clochers font repères dans le paysage mais dont l’intérieur nous rebute la plupart du temps. Nous avons aussi suivi les actes du colloque de juin 2008, suscité par Christine Albanel, ministre de la culture, avec le “Comité national du patrimoine cultuel” sur le thème : “Églises des villes, églises rurales, un héritage en partage” et les travaux du groupe de travail présidé par Mgr Minnerath sur l’usage et le devenir des bâtiments églises. Nous avons pris contact avec les personnes qui maintiennent un lien avec la paroisse et d’autres qui sont en action de sauvegarde de leur clocher sans avoir de pratique dominicale ou rarement. Quelques maires, catholiques pratiquants, nous ont ouvert aux problématiques municipales et nous ont donné l’audace de nous adresser à tous les maires, chrétiens ou non, dans leur responsabilité, pour entreprendre des actions qui redonnent vie au patrimoine sauvegardé ou restauré.

 

3. Notre fonctionnement

 

Nous avons un schéma de base pour un dimanche après-midi ( de 15h à 18h ou plus) :

1) un temps d’accueil dans l’église par le maire qui nous présente le bâtiment et la commune dans son histoire et sa géographie, les réalisations et les soucis actuels.

2) un “enseignement” sous forme de visite, de marche à thème, d’atelier, de conférence, selon la saison et et les ressources de la commune.

3) un goûter partagé, temps de convivialité qui permet des discussions informelles

4) un temps de prière (vêpres adaptées), dont l’heure est annoncée sur tracts et affiches afin que des paroissiens puissent nous y rejoindre et que les personnes qui n’en veulent pas puissent de retirer sitôt après le goûter.

 

Dans les églises que nous avons “investies” deux années de suite, la récidive s’est enrichie d’une participation de la commune sur l’histoire ou l’architecture plus approfondie que lors de notre première visite. Par exemple, le retable décrypté par une documentaliste historienne du Mesnil-Scelleur ou le mobilier fabriqué par un curé ébéniste à Sainte-Marie-la-Robert, mais aussi la découverte d’un forestier de génie qui a transformé le paysage de Chahains.

Cependant nous n’avons pas encore fait le tour de tous les clochers : Saint-Didier-sous-Écouves nous attend au Printemps prochain. Là où une association est très active, nous nous insérons dans leurs initiatives, nous contentant de répercuter sur toute la paroisse pour atteindre le plus de monde possible, mais sans intervenir directement avec une animation labellisée “appel des clochers”.

 

Pendant l’été, nous avons aussi organisé des “Marches pèlerines” allant d’un clocher à l’autre. De Rouperroux à Saint-Sauveur-de-Carrouges par le chemin de randonnée à travers bois, nous avons médité sur le thème “L’arbre et la croix”. Une marche thérésienne nous a menés de Saint-martin-l’Aiguillon à Sainte-Marie-la-Robert, avec les traces de la famille Guérin (Bienheureuse Zélie Martin, née Guérin) et la rencontre de descendants. Autour de Joué-du-Bois, un “rallye des calvaires” fut une aventure mémorable pour un grand nombre de participants mais aussi la découverte de l’histoire des familles du pays, gravée dans la pierre mais jusqu’ici ignorée par tous ceux qui sont maintes fois passés devant sans s’y arrêter.

 

 

Nous sommes très tributaires de la météo et selon les prévisions, une quinzaine de personnes ou plus de 80 (jusqu’à 120 au Champ-de-la-Pierre avec la renommée du lieu) nous rejoignent. Nous avons souvent accueilli des nouveaux résidents et des estivants mais les rencontres les plus riches ont été entre habitants des communes diverses qui composent la paroisse : le dimanche, même si nous nous retrouvons à la messe, nous nous saluons aimablement mais ne faisons pas vraiment connaissance. Ce besoin de relations vraiment humaines entre tous les habitants dispersés s’est révélé en même temps que la prise de conscience que nous ne connaissions pas les trésors discrets de nos églises et de nos sacristies ainsi que les personnes qui entretiennent avec des doigts de fées ornements, objets, statues, linge, mobilier, etc. Parfois l’abandon est manifeste et c’est souvent dû à un découragement après des querelles de village. Parfois la passion restauratrice amène à des initiatives culturelles très intéressantes mais il est difficile d’y insérer une part cultuelle.

 

  Françoise Ipcar

 

Pastorale du tourisme
Paroisse Saint-François-en-Écouves.

Portfolio

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